samedi 30 août 2025

The Amazing Keystone Big Band : « Fascinating Rhythm(s) »

 


Avec toute la maestria dont il a l’habitude, The Amazing Keystone Big Band s’attaque au répertoire de George Gershwin et, comme de coutume, c’est une grande réussite. Orchestre de grande ampleur, comptant une dizaine de musicien, The Amazing Keystone Big Band a trouvé dans le corpus de Gershwin le matériau idoine pour laisser apparaître au grand jour toute son élégance et son exigeant sens du swing. Epaulé par quelques jeunes talents vocaux de la scène jazz (Neima Naouri, Benny Benack III, Fleur Worku, Pablo Campos et Charlotte Wassy), l’orchestre nous offre un geste musical d’une classe ultime évoquant à la fois les comédies musicales de Broadway, la musique de film avec quelques détours vers le blues ou le Brésil voire l’expérimentation avant-gardiste (« Fascinating Rhythm ») sans perdre pour autant son identité. L’écoute de l’album convoque chez l’auditeur des images surannées, aux classieuses teintes sépias. La réussite est totale !

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vendredi 29 août 2025

DNVR

 


Ce premier album de la formation française DNVR (qui se prononce Denver) a tout de la bonne surprise que personne n’attendait. Prometteur, le sextet l’est assurément avec cet album alliant la soul intemporelle de haut niveau, n’ayant pas grand-chose à envier aux groupes d’outre-Atlantique, au jazz, dont l’ombre fantomatique plane au-dessus des compositions du groupe. Le groove se mêle ainsi au swing et de nombreux passages instrumentaux agrémentent les chansons sans pour autant que le groupe ne perde le fil et l’auditeur au passage. La démarche est aventureuse et place d’emblée dans le haut du panier de la soul d’ici. Enregistré dans les conditions du live, ce qui ne se sent absolument pas tant le son et la production est soignée et l’exécution parfaite, l’album dégage un sentiment de fraîcheur bienfaitrice, incarné à la perfection par la voix de la chanteuse Angie. Le groupe a également bénéficié de l’expérience et du savoir-faire d’Arnaud Fradin (Malted Milk) qui a mixé le disque. Un album qui fait du bien. Ecoutez-le !

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jeudi 28 août 2025

Gloria : « III »

 


Le mystérieux groupe lyonnais est de retour et, ne boudons pas notre plaisir, tant le sextet nous gratifie d’un album des plus réussi. Toujours organisé autour de son trio de chanteuses, Gloria nous entraîne dans un entre-deux où le psychédélisme se teinte de couleurs sombres. Jamais très éloigné des sacro-saintes sixties, le groupe sait cependant s’en éloigner, à bon escient, pour multiplier les compositions envoûtantes où la psychédélie du groupe, la répétition hypnotique, est dynamitée par une excellente section rythmique et autres cavalcades de la guitare électrique. Les nouvelles chansons du groupe révèlent de nombreuses surprises, des détours étonnants, des montées en tension et des phases d’apaisement qui n’oublient pas de ménager quelques détours acoustiques. Le chant à l’unisson des trois voix féminines (Amy Winterbotham, Wendy Martinez et Marie Louise Bourgeois), la véritable marque de fabrique de Gloria, joue un rôle important dans le potentiel de séduction du groupe. Des trois voix il se dégage quelque chose qui relève du chœur mystérieux. Dès les premières secondes d’écoute, l’auditeur à ainsi l’impression d’entrer dans quelque temple obscur, interlope et mystérieux, où se pratiquent d’inquiétants rites ancestraux. Un tel imaginaire ne peut évidemment se développer sans une production nickel, aux petits oignons. Non, vraiment ce nouvel album est magnifique !

En concert le 12 novembre au Petit Bain

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samedi 23 août 2025

Alex Henry Foster : « A Nightfall Ritual, Live in Köln, July 27, 2024 »

 


Episode 3/3. Dans le long processus de guérison d’Alex, après sa lourde opération chirurgicale, il restait une dernière étape à franchir : retrouver sa voix, son chant. Après avoir laissé la chanteuse Momoka Tobari (l’album « Kimiyo ») incarner ses chansons et un album instrumental (« A Measure of Shape and Sound ») sorti dans la foulée, il lui fallait retourner derrière le micro. Une tâche dont le Québecois s’acquitte avec un album live (son deuxième après un disque enregistré dans le cadre de festival de jazz de Montréal), enregistré en Allemagne en 2024 (hélas, il ne passe plus par la France depuis 2022). A l’instar des musiciens de jazz, qui ont la réputation de jamais jouer une chanson de la même façon, Alex n’a de cesse, sur scène, de réinventer, encore et toujours, son répertoire. Ainsi, ce nouvel effort se révèle particulièrement épique, seulement 4 titres, oscillant entre 9 et 16 minutes. Une odyssée sonore au long cours alternant le calme et la tempête, la transe et la répétition hypnotique, creusant très loin pour faire ressortir des émotions enfouies. Quiconque à déjà vu Alex Henry Foster et son groupe en concert savent que ces derniers ont pour habitude de sortir de scène exsangues et en nage après trois heures de concert. Des performances intenses, parfaitement documentées sur ce nouvel album.



vendredi 22 août 2025

Nesles : « Barocco »

 


Si l’on en croit le communiqué de presse accompagnant la sortie de ce nouvel album, Nesles « décide de revenir aux sources : la chanson. La chanson qui doit tenir toute seule comme une grande ». Et pourtant, paradoxalement, avec ce nouvel effort, Nesles nous offre un album particulièrement complexe, aux arrangements ambitieux, à l’instar de ce « Beckett » d’ouverture à la ligne synthétique hypnotique. Mais une écoute attentive de la chose, nécessaire pour en saisir tout le nectar, permet de cerner les ambitions de l’artiste à propos de ce nouvel album. S’il s’agit bien d’une collection de chansons, joliment arpégées, il n’est point question de faire un disque simple et intimiste (« Antilope », « Quelque chose brille »). La grande variété d’arrangements permet ainsi d’en colorer les contours à l’image du sublime « Quelque chose brille » dont la violence subreptice de la guitare électrique traverse et électrise le titre tels les éclairs lézardant un ciel lourd et orageux. Signe de l’éclectisme de l’artiste, ses mélodies se font volontiers primesautières et légères à l’occasion, en totale dichotomie avec ses textes plutôt sombres, tel ce « Anatomie (rien à foutre) » enluminé par les chœurs assurés par le duo BlauBird/Gabriela Etoa. Assurément, une réussite.

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jeudi 21 août 2025

Tami Neilson : « Neon Cowgirl »

 


Depuis sa Nouvelle-Zélande d’adoption, la Canadienne Tami Neilson construit, album après album, un corpus des plus attachant dont la nouvelle itération est sortie au début de l’été. Solidement ancrée dans une tradition musicale séculaire typiquement étasunienne, qui va du country & western au rockabilly, Miss Neilson ne se prive pas de quelques pas de côté vers la pop (« Borrow my boots ») ou la soul music (« Love Someone »). C’est ainsi, chez elle, la musique est considérée comme un tout indivisible, peu importe les considérations de style, rien ne compte plus que l’émotion véhiculée et la justesse de l’interprétation. En l’espèce, l’auditeur sera plus que servi et ce nouvel effort s’écoute comme un grand huit émotionnel, émouvant (« Keep On », « Foolish Heart », « Loneliness of love ») ou euphorisant (« Heartbreak City, USA » ; « You’re gonna fall » en duo avec l’excellent JD McPherson). Le talent vocal exceptionnel de Tami Neilson trouve ainsi l’écrin parfait, propre à faire briller de mille feux l’aspect protéiforme de sa voix. Un nouvel album hélas enregistré sans son frère, fidèle guitariste, auquel le disque est dédié alors « qu’il était endormi ».

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dimanche 17 août 2025

RIT : « Hobo Blues »

 


Enregistrer un bon album de blues est avant tout une question d’authenticité. Prenez Rit par exemple plutôt que de tenter d’émuler le style du Delta, qu’il n’arrivera jamais à égaler, le musicien préfère adapter le style à ce qui lui correspond et qui, au final, lui permet d’accéder à une forme de sincérité honnête, désarmante, et profondément touchante (« Je n’ai que le blues »). En l’espèce, Rit plutôt que de baragouiner en anglais préfère le chant en français quitte à flirter avec un flow quasi hip-hop (« Huckleberry Finn Blues ») ou à se rapprocher d’une esthétique proche de la chanson. Dans le même ordre d’idée, Rit fait tout et tout seul. Les guitares sont tantôt slidées, tantôt folk, où se lancent dans le grand bain électrique avec une abrasivité juste et mesurée. Le battement est réduit à sa plus simple expression, une grosse caisse, une cymbale mais cela suffit pour procurer ce feeling entre groove et transe hypnotique (« Le fond et la forme »). Mettant en avant cette rugosité qui n’appartient qu’à lui, Rit joue le blues comme personne. C’est un vrai artiste.

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vendredi 15 août 2025

Ronan One Man Band : « A piece of life »

 


Plus qu’un album, une tranche de vie signée en, solo intégral (exception faîte de quelques renforts pour les chœurs) par Ronan, sa voix rauque immédiatement identifiable, et sa guitare. Et rien d’autre. Et pourtant, pour peu que les planètes s’alignent, ce qui est le cas ici, il n’est besoin de rien de plus. Le talent exceptionnel du musicien explose ainsi aux oreilles de tous les chanceux qui auront l’occasion de l’écouter. Ecouter, réellement écouter, est bien le verbe qui convient en la circonstance, pour saisir toute la finesse de son jeu de guitare, la délicatesse de son picking, la virtuosité délicate de ses arpèges. Une démonstration de virtuosité, discrète, guidée par le feeling plus que la technique. Et puis il y a la voix, grave, rauque, profonde propre à faire ressentir toutes les nuances du blues. S’il est possible que certains n’adhèrent pas à ce timbre, il est pour autant inoubliable et ne laissera personne indifférent. Et, pour finir, la dernière pièce du puzzle, le répertoire de Ronan, ancré dans le blues mais qui ne s’interdit pas quelques pas de côté vers le folk (« Compagnon de bordées » seul titre en français), l’électricité (« I won’t let you go »), la working song ("Misery and Pain") ou la soul (« I Raise my head » ; "Trouble (I'm in)"). Un accident heureux, de la magie captée sur bande, plus qu’un album, une tranche de vie.




jeudi 14 août 2025

Lone Wolf & Rice Fab

 




Tout, de la pochette au son très roots du disque, pourrait faire penser que l’on a affaire à un duo venu du Delta. Il n’en est rien et, né entre Nantes et Rennes en plein Covid, le duo est bien de chez nous. Ils sont donc deux partenaires dans le crime : Lone Wolf (guitare acoustique et percussions) et Rice Fab (harmonica). Leur premier album, 13 titres, sent bon le whisky frelaté et la déglingue. Il y est bien entendu question de blues, la frappe rythmique rudimentaire combinée à la voix écorchée et profonde de Lone Wolf, particulièrement impressionnante sur « No More Water », procure un étrange sentiment hypnotique (« Crossroad Sign » ; « Last night Dream ») alors que l’harmonica, très présent, ne se contente pas de petites phrases mais se lance dans des lignes aussi longues qu’une odyssée. Le dossier de presse nous apprend que, pendant l’enregistrement, le duo réussissait souvent son coup dès la première prise. Et c’est peut-être de là que vient le caractère intemporel, frais et spontané de cet impeccable premier album. L’écouter, c’est partir en virée dans le Delta sans bouger de son siège !





vendredi 8 août 2025

Jessie Lee & The Alchemists : « Legacy »

 




Voici le troisième album de Jessie Lee & The Alchemists qui aura rarement aussi bien porté son nom que sur ce nouvel effort. En effet, enregistré à l’ancienne, prise live en groupe et matériel d’époque labellisé, ce nouvel effort revient à l’essence même de la musique : jouer, s’écouter mutuellement, laisser les accidents heureux arriver et le destin faire son œuvre. La manœuvre est risquée et, bien souvent, est une porte ouverte à la catastrophe sous forme d’albums ennuyeux et inécoutables. Mais lorsque l’on a affaire à des musiciens aussi talentueux, l’alchimie est fabuleuse ! Le groupe prend soin de laisser les compositions s’épanouir, toutes tournent autour de cinq à sept minutes, pas de quoi tomber dans l’emphase mais il y a suffisamment de matière pour laisser la place aux détours surprenants, du gros riff rock qui tue au break soulful et groovy. Si la musique des années 70 est une toile, le groupe s’amuse à glisser dessus d’un genre à l’autre, parfois au sein du même morceau. On y trouve du rock, du blues et de la soul, autant d’influences dont le groupe s’empare, sans plagier, mais fait siennes et y apporte une touche contemporaine, sans passéisme aucun. Grande classe !

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jeudi 7 août 2025

Alex Henry Foster : « A Measure of Shape and Sound »

 


Episode 2/3. Nous avions quittés Alex, au sortir de sa chirurgie cardiaque, dans l’incapacité de chanter. Après avoir fait appel à la chanteuse japonaise Momoka Tobari de le suppléer, le temps de l’album « Kimiyo », Alex continue sa reconstruction, cette fois-ci sur un mode totalement instrumental. Ce qui résulte en une évolution significative de sa proposition musicale ! A l’écoute de cet album, qu’il semble loin le temps des guitares saturées, indé post grunge, de Your Favourite Enemies (son ancien groupe) ou même l’époque des Long Shadows aux explorations progressives. D’exploration il est pourtant question ici. Point de chansons, mais de longues plages sonores, planantes, concoctées en compagnie de son complice Ben Lemelin. Une extrapolation musicale, en apesanteur, poussant encore plus loin le curseur de l’expérimentation, débarrassée de toute influence rock, le duo accoucherait plutôt d’une bande sonore ambiante pour accompagner une séance de méditation. Il appartient alors à l’auditeur d’accepter cette sorte d’abandon de soi que réclame un tel disque pour en apprécier la substantifique moelle. Il faut plusieurs écoutes répétées et attentives pour en saisir les subtilités et accéder à sa beauté qui ne se révélera pas de manière immédiate. Un album exigeant.

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vendredi 4 juillet 2025

Solaris Great Confusion & Original Folks : « Vol. 1 »

 


Derrière ce split album collaboratif des deux formations, on retrouve deux figures du folk à savoir, Stephan Nieser (Solaris Great Confusion) et Jacques Speyser (Original Folks), tous deux ayant également fait partie des deux formations à un moment ou à un autre. Il plane donc comme un air de retrouvailles sur cet album que les deux groupes se partage à raison de six titres chacun. Mais la ligne séparant les deux groupes est très fine puisque tout a été enregistré en même temps avec les mêmes musiciens, la seule différence se situant dans le chant. Le mimétisme se poursuit à l’écoute et il est difficile de faire la différence, les deux groupes partageant les mêmes influences, entre pop et folk, d’obédience britannique à la quête de la mélodie parfaite. Celle qui hante l’esprit et l’oreille. Tout juste on notera un penchant à l’expérimentation plus prononcé chez Solaris Great Confusion, notamment sur la reprise de « Believe » de Cher et une pointe d’americana légèrement plus présente chez Original Folks lorsqu’ils reprennent, avec tout le charme des années 50 réinventées, Bobby Darin (cf. « Dreamlover »). Pour le reste nous avons affaire ici à un album doux et rêveur, planant et de très haute tenue.

vendredi 27 juin 2025

L’Ambulancier : « French Manhattan »

 


Après un premier EP, L’Ambulancier est de retour avec un album inaugural en bonne et due forme peu ou prou dans la même lignée. Un petit rappel s’impose. Derrière le patronyme un peu générique se trouve le projet musical de Palem Candillier (par ailleurs auteur d’ouvrages sur les Beatles ou Nirvana) et il est facile de déceler derrière cet album l’ancien kid ayant grandi dans les années 1990 au son du grunge et de la scène indé/alternative anglo-saxonne de l’époque (on note également un clin d’œil aux Red Hot Chili Peppers sur la pochette). Aux guitares saturées typiques de l’époque, L’Ambulancier ajoute une dose d’électro ("L'Ocre") dans la juste mesure et, surtout, chante en français. C’est là que se niche la patte de l’Ambulancier, bien loin d’être une simple resucée des 90s. Ainsi le titre « French Manhattan » dit finalement tout de ce groupe. Cela ressemble aux Etats-Unis mais la francité de la démarche reste évidente et lui donne toute sa singularité. Ceci étant posé, il ne reste plus qu’à se délecter de ces dix compositions originales (auxquelles s’ajoute cinq titres en bonus) franchement bien foutues, entraînantes et dynamiques (« Central.e »), baignant dans un singulier univers mécanique (« Panne Sèche », « Patinage (le point de) ») dans lequel l’auditeur est immédiatement plongé. A écouter en voiture, le soir dans les rues désertées, en rentrant, par exemple, d’un concert.

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samedi 21 juin 2025

Alex Henry Foster : « Kimiyo »

 


Episode 1/3. Ce nouvel album revêt une importance particulière pour Alex Henry Foster. Crédité sous son nom voici un album qu’il a coécrit, coproduit sur lequel il joue mais ne chante pas. Et pour cause… Confronté à de graves problèmes de santé, passé par la case chirurgie, le Québecois a, un temps, perdu sa voix. Pas question cependant de baisser la garde, ce qui aurait pu relever de l’arrêt définitif c’est transformé en nouveau départ. La voix que l’on entend sur le disque c’est celle de la chanteuse japonaise Momoka Tobari qui s’est chargée de traduire en japonais les paroles d’Alex. Il s’agit donc d’un album japonais et ce n’est là que de la première transformation dans le processus de renaissance d’Alex. Sans son groupe les Long Shadows, la musique a été enregistrée en compagnie de Ben Lemelin (d’ordinaire guitariste dudit groupe). Un effort en petit comité donc, à la fois intime et qui pourtant marque par son sens de l’ampleur sonore. Certaines compositions frôlent les dix minutes, la musique passe par différentes étapes, tantôt extatique et aérienne, tel un élan lyrique parfois brutalement coupé par une attaque sèche et électrique de la guitare ou par un break de batterie ravageur. Baignant dans une ambiance assez dark (peut-être révélatrice de l’état d’esprit d’Alex) l’album peut aussi se révéler lumineux dans un étrange contraste entre rock progressif et ambiance froide, voire gothique à la Cocteau Twins, et s’écoute comme un vol plané conclu dramatiquement dans le fracas de la tôle brisée. C’est à un sacré périple musical que nous invite le trio. L’album dégage une sorte d’onde par laquelle il convient de se laisser porter. La musique s’étire à l’infini et le voyage ne fait que commencer…

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vendredi 20 juin 2025

Tami Neilson, New Morning, 19 juin 2025

C’est dans un New Morning étouffant sous la chaleur et devant un public autant en nage que les artistes sur scène que Tami Neilson a fait son retour, trois ans après un passage au Balajo et à quelques semaines de la sortie de son très prometteur nouvel album « Neon Cowgirl » (sortie le 11 juillet), dont plusieurs extraits furent joués. Entourée par un merveilleux groupe de musiciens, au touché et au feeling impeccable, la chanteuse a fait montre de l’étendue de son talent. Un peu de country et un peu de rockabilly, pour un rendu soul à 100 % : quelle voix à faire frissonner la colonne vertébrale, quel charisme ! Très à l’aise avec ou sans son harmonica et sa guitare, Tami Neilson habite la scène d’une façon unique avec un sens de l’humour imparable. Et le public le lui rend bien, chaude ambiance (dans tous les sens du terme) ! Une artiste authentique. Tami Neilson, la garantie d’une soirée réussie !







dimanche 15 juin 2025

Cymande : « Renascence »

 


Logiquement, ce groupe aurait dû cartonner. Auteur de trois albums entre 1972 et 1974, Cymande (on prononce chi manne day) s’inscrit dans cette veine soul, engagée, à la fois langoureuse, tropicale grâce à des influences calypso et reggae parfaitement intégrées et marquée par de nombreux coups de sang funk. Un classique de la soul passé parfaitement inaperçu à l’époque car britannique. Pas évident de se faire entendre au pays des Beatles et des Rolling Stones alors que la qualité musicale du groupe égale sans aucun problème celle des américains. C’est donc dans un relatif anonymat que la carrière de Cymande s’est éteinte au mitan des années 1970 avant de connaître une seconde vie, grâce à de nombreux sample hip-hop, comme bon nombre d’oubliés de l’histoire de la soul. Pourtant, en 2015, 40 ans plus tard, le groupe a tenté un premier come-back avec l’album « A Simple Act of Faith » avant la sortie de ce nouvel effort après un deuxième hiatus de dix ans. Et ça valait la peine d’attendre ! Car à l’écoute, le groupe a mis à profit ce long laps de temps pour soigner ses effets. Compositions élégantes, production nickel chrome entre arrangements de cordes soyeux (« Road to Zion »), percussions incisives (« Chasing an empty dream »), envolées au piano et swing jazzy (la bien nommée « Coltrane ») ; il n’y a pas à dire le groupe connaît son affaire et le prouve avec ces dix compositions intemporelles et impeccables (dont « Only One Way » avec la merveilleuse chanteuse Celeste). Un album qui arrête le temps comme par magie et digne de figurer dans toutes les discothèques.

En concert le 14/10 à La Cigale

https://www.facebook.com/CymandeOnline

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lundi 9 juin 2025

Cunningham Bird

 


Martingale de l’histoire du rock l’album Buckingham Nicks (1973) est autant considéré comme un classique du rock qu’un marqueur important de l’histoire ; sorti juste avant que la paire Stevie Nicks / Lindsay Buckingham ne parte rejoindre Fleetwood Mac deuxième mouture. Un disque important donc, mais assez méconnu, jamais réédité en CD et dont le prix s’envole jusqu’à dépasser les mille euros sur les plateformes spécialisées (étant entendu que l’on parle là d’un vinyle et non d’une vulgaire playlist sur youtube). C’est donc à un classique qu’une autre paire, composée du chanteur/violoniste Andrew Bird et de la chanteuse/guitariste Madison Cunningham a décidé de rendre hommage reprenant l’intégralité du disque en suivant le même séquençage que l’original. Evidemment avec un tel matériel à disposition le duo est assis sur une mine d’or et ne manque pas l’occasion, servie sur un plateau, d’aligner les perles (on pense en particulier à « Don’t let me down again ») qu’ils prennent cependant soin d’arranger à leur goûts, assez différents des originaux, s’articulant autour du violon et de la guitare folk (« Races are run » ; « Lola (my love) »). Le clavier et la batterie ajoutent du peps quand nécessaire mais s’effacent volontiers lors des moments plus intimes (« Django » ; « Frozen Love »). Les voix des deux protagonistes se mêlent à merveille, c’est à la fois un classique revisité avec bonheur et réussite et, aussi, une redécouverte eu égard à la rareté de l’original. De quoi revivre les grandes heures du rock des années 70 où il était possible de conjuguer FM et qualité.



dimanche 8 juin 2025

Diamond Day, Petit Bain, 6 juin 2025.

 




Tout nouveau festival itinérant (un peu sur le modèle des Nuits de l’Alligator), Diamond Day a fait escale à Paris, au Petit Bain, en ce vendredi soir, avec une alléchante affiche folk à la parité parfaite, deux chanteuses et deux chanteurs.

Petite surprise, c’est sur le rooftop du Petit Bain, dominant la Seine et les quais, que débutent les agapes avec un showcase de la chanteuse Naima Bock. Alors que les nuages noirs comme la suie s’accumulent au dessus de nos têtes, c’est seule avec sa guitare folk que Naima Bock arrive sur scène, souriante et une casquette bleue sur la tête. Pendant une grosse demie-heure Naima nous aura séduit, charmé, de ses arpèges délicat et de sa voix particulière et assez impressionnante. Si son univers n’est pas sans rappeler le folk anglais, il s’étend bien au-delà comme le prouvera sa reprise d’un standard brésilien. Un passage charmant quoique trop bref et perturbé par le vent. La pluie nous sera finalement épargnée, est-ce un signe que ce nouveau festival est béni des cieux ?

La suite se déroule de façon plus conventionnelle dans la salle habituelle, le temps de descendre les escalier et on y est. C’est alors la toute jeune Clara Mann, parfaitement francophone bien que trop stressée pour s’exprimer dans la langue de Molière, qui occupe la scène, toute auréolée de la sortie de son premier album. Elle aussi est seule avec sa guitare folk comme unique accompagnement et nous plonge également dans une bulle de douceur bien agréable avec un aplomb remarquable. La musique est lente, délicate, parfaitement relaxante, ça fait du bien.

Seul musicien a être accompagné, par un batteur, Jake Xerxes Fussell, la raison principale de notre venue il faut être honnête, aligne les albums magnifiques (cinq au total) avec une régularité métronomique depuis dix ans. Il incarne également, dans le cadre spécifique du festival, une pointe d’americana dans un environnement très british pour cette première. Le répertoire de Jake Xerxes Fussell se compose à la fois de compositions personnelles mais aussi de standards issus du répertoire traditionnel extraits du domaine public (un genre auquel il a consacré des albums entiers). Il est à la fois un garant de la tradition et un songwriter remarquable. Un artiste rare, et ce n’est pas la prestation du soir qui nous fera changer d’avis. Aussi à l’aise à la guitare électrique (une Telecaster son clair) que folk, ses arpèges dégagent quelque chose de profondément hypnotique. La batterie accentue cet aspect, ménageant de nombreux silences comme autant de notes fantômes, et accompagne avec une douceur inhabituelle pour un instrument volontiers qualifié de bourrin. La voix de Jake, douce, est à l’avenant. Nous avons assisté à un moment rare et précieux.

A l’autre bout du spectre pourrait se situer Richard Dawson, qui lui dégage un sentiment de puissance sonore bien que seul accompagné de sa guitare électrique. Déjà de ses arpèges ressort quelque chose d’âpre et de rugueux. Eux-mêmes sont entrecoupés d’attaques sèches et violentes d’accords et de phrases dissonantes à la limite de l’expérimentation. A peine coupé dans son élan par des problèmes techniques qui ont coupé son set en deux parties, Richard s’est cependant attiré l’affection du public, massé devant la scène et applaudissant à tout rompre. Un public nombreux ayant répondu au rendez-vous et une programmation de très haute tenue, espérons que ce nouveau festival s’inscrira dans la durée pour devenir,à terme, un rendez-vous incontournable.

samedi 31 mai 2025

JD McPherson + Bloodshot Bill, Le Trabendo, 30 Mai 2025.


Décidément, cette semaine prend des allures de semaine sainte pour l’américana, le folk, le blues et le rock’n’roll par chez nous. C’est de nouveau un plateau de très haute tenue qui est réuni sur la scène du Trabendo, une salle bien agréable, nichée au milieu des arbres dans le parc de la Villette, encore plus avec cette météo, grâce à une terrasse ombragée bien appréciée avant le concert.

On débute avec Bloodshot Bill que l’on se souvient avoir déjà croisé il y a fort longtemps. Seul sur scène, le Montréalais se produit en one-man band assurant seul la guitare et la batterie. Doté d’une voix très particulière, éraillée et de tête, ce dernier se révèle particulièrement roots entre blues et rock’n’roll. Un sacré personnage au sens de l’humour acéré et au français bien particulier qui entraîne sans peine la foule dans son sillage.

Quel show, mais alors quel show délivré par JD McPherson et son groupe. Accueilli par un tonnerre d’applaudissements mettant un terme à sept (ou huit on ne sait plus trop) d’absence scénique par chez nous. Entouré d’une formation du tonnerre (guitares, piano, batterie, basse et/ou contrebasse) JD fait montre d’une énergie impressionnante et d’un enthousiasme à l’avenant. Rock’n’roll mais aussi surf music, parsèment le set, qui n’oublie aucun album. Un musicien en particulier impressionne aussi à l’aise à la guitare, que redoutable à l’occasion d’un boogie ravageur au piano, avant d’assurer le saxophone sur le dernier rappel. C’est une collection d’anthologie qui se déroule devant nos oreilles « Fire Bug », « Lucky Penny », « North side Gal », « Let the good time roll », « Desperate love », toutes aussi redoutables les unes que les autres ! Quelle soirée !

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Early James + Johnny Delaware, La Marbrerie, 28 Mai 2025.

Les passionnés de l’Americana avaient rendez-vous à Montreuil en ce mercredi soir, avec un plateau aussi magnifique que complémentaire.

La soirée débute sous les meilleurs auspices avec un set sublime de l’américain expatrié Johnny Delaware. Seul avec sa guitare folk, Johnny Delaware réussit l’exploit de nous faire voyager, jusqu’à sentir le souffle du désert nous effleurer les oreilles, par la seule grâce de ses arpèges de guitare en apesanteur. La voix, le charisme du personnage et son sens de l’humour (« Je vous rassure sur le disque il y a plein d’autres instruments ») joue pour beaucoup également. C’est beau et apaisant, l’americana se fait planante et l’émotion flotte dans l’air…

Dans un genre beaucoup plus rugueux, le bluesman Early James débarque à son tour sur la scène. S’il a voyagé seul, Early James s’est trouvé deux compagnons de jeu locaux, et l’on retrouve Guillaume à la batterie et Max (Lowland Brothers) à la basse. Ayant eu peu de temps pour se caler (« je les ai rencontré il y a quatre heures environ » plaide James), le trio livre cependant une prestation aussi impeccable que s’ils jouaient ensemble depuis dix ans (« Ils sont très bons » jugera Early James). Early James, c’est une voix écorchée, contrastant avec l’aspect physique juvénile du chanteur, sublimée par les émotions et un jeu de guitare virtuose sortant parfois du blues pour s’aventurer sur un terrain plus jazzy/torch song rétro (à la Tom Waits), tantôt teinté de country voire de rock’n’roll. Les rappels en solo folk laissent apercevoir une autre facette du talent de James également capable de tenir seul la scène avec beaucoup d’aisance, et un impressionnant jeu de guitare délié. L’ovation fût-elle qu’elle obligea l’artiste à jouer les prolongations et à se donner au jeu de la reprise étant à court de compositions personnelles. Ce fût magnifique.

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samedi 17 mai 2025

Diamond Day, nouveau festival itinérant

 


Le nouveau festival nous donnera l'occasion, entre autres, d'écouter le remarquable chanteur folk Jake Xerxes Fussell qui aligne, en toute discrétion, les albums magnifiques depuis dix ans !

BILLETTERIE




L’Ambulancier, La Mécanique Ondulatoire, 15 mai 2025.

Un chanteur bondissant habillé comme un ambulancier étasunien, chemise bleue à épaulettes, le trio (guitare, basse, batterie électronique) qui l’accompagne en combinaisons unies (certains se souviendront de Pleymo), aucun doute c’est à un drôle de trip que nous convie L’Ambulancier, le projet musical de Palem Candillier (par ailleurs auteur de livres sur Nirvana ou les Beatles). L’endroit dans lequel nous dérivons en musique se nomme, fort à propos, le « French Manhattan ». Le projet semble inspiré par les années 1990, une manière de post-grunge, avec une touche électro apportée par le pad électronique de la batterie mais aussi par les boucles de claviers, lesquelles tranchent avec l’électricité brute de la guitare et la solidité de la bassiste. Dernière touche originale, le chant en français, justifiant l’expression « French Manhattan », tournant (mais pas uniquement) autour du vocabulaire mécanique : « Le Point de Patinage », « Panne Sèche ». Un choix judicieux et prégnant à telle enseigne que l’on croit deviner, dans le chant, quelques intonations issues de la chanson française (en particulier sur le titre éponyme « L’Ambulancier ») lesquelles contrastent, une fois encore, avec le contexte général plus hurlé (cf. « Le Point de Patinage »). Solide et carrée la prestation se révèle enthousiasmante et, étonnamment, assez hypnotique. Un groupe à suivre.

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vendredi 16 mai 2025

Les Excellents, Café de la danse, 13 mai 2025.

Dans le fond si Ramon Pipin, dans le cadre de son groupe Les Excellents, excelle (c’est le cas de le dire) dans cette veine rock parodique si casse gueule, là où tant d’autres ont échoué, c’est par l’extrême soin porté à l’ensemble de la démarche, du choix des chansons à leurs adaptations. Jouer à fond la carte du second degré, quitte à bâcler les paroles prétextant ledit second degré, ne suffit pas. Chez les Excellents on chante peut-être des paroles absurdes, pour autant il est hors de question de déconner avec la musique, c’est peut-être là que réside le petit plus qui fait toute la différence, Les Excellents aiment profondément, passionnément, les chansons qu’ils s’amusent à détourner. Le soin porté aux arrangements est extrême et, afin de se différencier, le groupe à totalement renoncé aux guitares (trop facile) pour les remplacer par des ukulélés, une manière de défi personnel totalement réussi pour le groupe, à ce titre le deuxième set, principalement consacré aux reprises des Beatles est absolument fantastique et impressionne par les moyens déployés, cordes et cuivres à l’appui. Sur le plan des paroles, le groupe tente de coller le plus possible aux sonorités des originales tout en parvenant à raconter de véritables histoires : « Go your own way » de Fleetwood Mac (extraite de l’album « Rumours ») devient une histoire de bidet, « Hells Bells » d’AC/DC se transforme en « Elle Bêle », le fabuleux « I’ll go to sleep » (Kinks) nous invite à remettre « le slip » et « Hotel California » (Eagles) nous narre une nuit invraisemblable dans la chambre d’un Formule 1. Le tout s’inscrit dans une veine humoristique typiquement française (Coluche, Desproges, Les Nuls) gonflée tout en restant dans un certaine mesure, ainsi « Galope Salope » (une histoire de turfiste sur l’air de « Get Up Stand Up » de Bob Marley) n’est pas vulgaire mais tout simplement drolatique. C’est ça qui est bien avec les Excellents, on s’amuse et on passe un bon moment.

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dimanche 11 mai 2025

Tony Melvil : « En apparence »

 


Il est des efforts pour lesquels le terme d’« album » semble être trop étroit. Tel est le cas de ce nouveau projet de Tony Melvil qui le voit renouer avec le jeune public. Ce nouvel effort voit le violoniste s’interroger sur la question vestimentaire. De mode il n’en est point question, il s’agît plutôt de creuser ce que le vêtement communique de celui qui le porte. « Mon look, mon style », l’image et ce du « Pyjama » au « Costard ». Une vaste question dont le musicien tire un projet à visée large, mêlant les chansons à des intermèdes parlés simulant une journée d’enregistrement en studio, rappelant les feuilletons radiophoniques d’autrefois ou les podcasts d’aujourd’hui. Tout débute donc par un « Test Micro » jusqu’au final. Les musiciens se font également acteurs voix-off et au fil de la narration, le personnage de Lauriane prend de l’importance, modeste technicienne de studio, rêvant discrètement de gloire lors d’une « Pause Café » jusqu’à devenir chanteuse à part entière et arracher une part de gloire, laissant le réalisateur ranger le studio « Tout seul ». Tony Melvil et sa bande abordent une grande diversité de genres musicaux pour mieux illustrer le récit de la chanson acoustique, la marque de fabrique du musicien, du rock, un soupçon d’électronique, le tout est richement arrangé. L’écoute transporte littéralement dans le récit, un sentiment particulièrement agréable. Un tel projet ne pouvait se contenter d’un simple disque et ce présente sous la forme d’un magnifique livre-disque, joliment illustré et est également décliné sur scène.

Du 5 au 26 juillet au festival off d’Avignon (Présence Pasteur – 16h15).

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samedi 10 mai 2025

Rose Betty Klub : « Mojo Girl »

 


« La plus punk des chanteuses de jazz ! » clame le dossier de presse présentant l’artiste. Une chose est certaine néanmoins, du Mojo, présent dans le titre de ce nouvel album, la chanteuse n’en manque point. Un pied dans le jazz, l’autre dans la soul, la chanteuse aborde tous les genres avec l’énergie du rock’n’roll. Une sacrée dynamique donc, inspirée, dans l’esprit, par les années 1950, tout en se gardant bien de tomber dans le biais de la redite fade ou de la nostalgie tiède et vaine. Non, ce nouvel album pulse et groove, on pense notamment aux interventions toujours à propos et pleines de feeling de l’orgue et du Fender Rhodes (Stella Brown) qui agit tel un baume apaisant sur les intros (« Back to my sunnyboy ») ou les soli (« Mojo Girl »). La section rythmique (Scott Jenkins, batterie et Clyde Jones, basse) est infernale d’efficacité pratiquant aussi bien un swing ouaté et élégant (« Mojo Girl ») qu’un groove entêtant et hypnotique (« Moon Palace » ; « Voodoo Workin’ » qui ouvre l’album sur des bases très élevées). Avec une telle équipe à ses côtés, la chanteuse Rose Betty irradie de sa voix solaire, charmeuse, dont le charisme transperce les enceintes, retrouvant à l’occasion les accents de la regrettée Amy Winehouse. A la manœuvre, le duo de compositeurs Rose Betty et Jo Mustang (guitariste aux interventions aussi discrètes que bienvenues cf. « The Room ») accouchent d’un album de très haute tenue.

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vendredi 9 mai 2025

Cecilya and The Candy Kings : « Parisian Mambo »

 


C’est en 2019 que la chanteuse espagnole Cecilya Mestres a posé ses valises à Paris. Un confinement plus tard, en 2021, Cecilya sortait un premier album, très réussi, aux sonorités americana, folk et rock. C’est en 2023 que débute la formation telle qu’on la connaît maintenant, sous le nom de Cecilya and The Candy Kings, avec une orientation nettement plus rock’n’roll et marquée par les années 1950. Ce nouvel effort, le troisième, continue d’explorer ce sillon rétro avec peu ou prou la même équipe, l’excellent guitariste Rodolphe Dumont et le légendaire saxophoniste Gordon Beadle, en tête de pont. Pourtant, tout en restant ancré dans cette veine fifties, à faire briller le chrome des bagnoles, Cecilya élargit le spectre, s’ouvrant au jazz swing et au rhythm’n’blues, à grand renfort de saxophones à couper le souffle, sans oublier les influences latines, faisant référence au mambo présent dans le titre de l’album. Un pied dans le jazz, un autre dans le rock’n’roll, Cecilya rugit et éructe, une petite boule d’énergie qui donne le peps à tout le groupe et à l’auditeur en même temps. Mais la lady sait aussi se faire douce et brille également dans un registre plus proche de la balade romantique (« Ruby »). Brillamment produit et arrangé avec soin (piano, contrebasse), voici un album au charme rétro évident mais mû par une dynamique contemporaine. Excellent de bout en bout.

En concert le 17 mai au Triton (Les Lilas)

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jeudi 8 mai 2025

XIXA : « Xolo »

 


Originaire de Tucson (Arizona), Brian Lopez et Gabriel Sullivan ont côtoyé, et joué, avec quelques légendes locales, Calexico ou Giant Sand, avant de lancer leur propre projet sous l’alias mystérieux de Xixa. Et c’est à un drôle de rodéo que nous convie le duo pour ce nouveau (et semble-t-il dernier) album. Comme on pouvait s’y attendre l’album dans son ensemble baigne dans une ambiance très marqué par l’ouest américain. Une sorte d’americana nimbée de guitares folk. Pour un peu on sentirait le vent du désert, le sable et la poussière qui se soulèvent, passer par delà les enceintes. Mais le ciel d’un bleu céruléen, les cactus et le désert ne sauraient faire oublier la proximité de la frontière mexicaine. L’ambiance latine y afférent, cumbia, accordéon et trompettes (« La Danza de los Jaguares »), fait ainsi totalement partie du décor et s’amalgame agréablement au folk countrysant qui constitue le cœur de la musique du groupe (« Waves of Serenity »). A ces éléments disparates vient s’ajouter d’autres ingrédients plus surprenants. Ainsi une écoute attentive permet de déceler une brutalité intrinsèque dans les compositions (« Xolo de Galaxia » ; « Xolocitzcuintli ») qui laisse à penser que le duo a du ingérer pas mal de heavy-metal dans sa jeunesse. A contrario, l’album laisse une libre part à une forme de psychédélisme planant, parfois à la limite de l’expérimentation, sur une grande partie des arrangements de l’album. Enfin, dans ce contexte la new wave assumée de « It doesn’t matter » (avec Rosie et Mick de Modern English) pourrait sembler quelque peu hors de propos. Comme par miracle il n’en est rien et, une fois de plus, tout semble s’amalgamer avec autant de cohérence que les pièces d’un puzzle musical. C’est la note éthérée, calme et planante de « Heart of the world », qui ponctue l’album mettant ainsi fin à ce disque aussi beau que déroutant.

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dimanche 4 mai 2025

Le Barda : « Punch and Badass Volume 2 - Clash »

 


Partons aujourd’hui à la découverte d’un véritable personnage de roman, Olivier Barda, sobrement renommé Le Barda, à la fois musicien et voyageur, ou plus exactement baroudeur, le sac sur le dos et la guitare en bandoulière. Le ton est donné dès la pochette, aussi belle qu’une affiche de western et un titre à l’avenant, fleurant bon la série B italienne : « Punch and Badass » ! Ainsi, le présent album pourrait être la bande originale de ce film aux tonalités folk, blues, country et d’un soupçon de brutalité rock (« Fight your oldself »). Sa guitare sur les genoux, l’harmonica autour du cou, accompagné de sa section rythmique (contrebasse et batterie) Le Barda soigne ses effets et produit un album court (8 titres) et varié faisant cohabiter le western crépusculaire (« Stranger ») aux sonorités latines plus enlevées (trompette à l’appui) de « Rumbadass ». Un chouette voyage dans l’ouest sauvage, pour un peu on s’y croirait.

Www.le-barda.com





samedi 3 mai 2025

Jeremie Albino + Augusta, Supersonic Records, 30 avril 2025.



La soirée débute tout en douceur avec la folkeuse franco-britannique Augusta, qui, d’après ses propres dires, « chante et joue tout doucement, ça va bien se passer ! » Effectivement, tout s’est passé au mieux, les arpèges délicats et la voix diaphane de la chanteuse constituant une bulle de douceur, teintée d’une émouvante mélancolie, dans laquelle il fait bon se lover, située dans la lignée de Joni Mitchell, c’est une belle découverte !

Deux guitares (dont une inutilisée), trois harmonicas, un capo et quelques médiators, il n’en faut guère plus au Canadien Jeremie Albino pour captiver le public ! Enthousiaste et charismatique, rigolo à l’occasion, Jeremie Albino, pour son premier passage dans la capitale, n’a eu aucun mal à se mettre le public dans la poche. Et ce fut encore plus flagrant quand, une fois en confiance, il a avoué au public : « Je parle français, je suis québecois », salve d’applaudissements et définitivement adopté par un public français qui adore que les artistes internationaux fassent l’effort de s’exprimer dans la langue de Molière. Seul, Albino dégage une puissance phénoménale, folk, électrique, l’harmonica autour du cou à la Dylan, teinté de blues et d’americana. Une prestation d’une liberté folle, l’artiste n’ayant pas de setlist définie, demandant régulièrement des suggestions au public, tout en se montrant surpris par les demandes pointues de ce dernier. Un set fluctuant, évoluant au gré des envies et marqué par de nombreuses surprises, en particulier lorsque Augusta rejoint Jérémie Albino le temps d’un duo, au contre-chant poignant évoquant la dynamique Gram Parson/Emmylou Harris. Définitivement un talent à suivre !

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dimanche 27 avril 2025

Principles Of Joy : « Live at CXVIII »

 


« Pour que ça sonne funky, faut que ça vienne de Seine-Saint-Denis » clamait au siècle dernier le Suprême. Prêt de trente ans plus tard, le label Q Sound confirme l’antienne œuvrant dans une soul classieuse et de haut niveau à tel point que l’on pourrait confondre les sorties de Q Sound avec celles d’un autre célèbre label branché basé à Brooklyn (un compagnonnage confirmé ici par la reprise de « Your thing is a drag » de la regrettée Sharon Jones). Les Principles Of Joy sont à Q Sound ce qu’était naguère les Dap-Kings pour Daptone. Un vaisseau amiral au sein duquel on retrouve Rachel Yarabou au chant et Ludovic Bors au claviers, les deux fondateurs du label. Le présent disque est leur quatrième et leur tout premier enregistrement live, comme si le temps était venu de poser les choses, résumer tout ce qui a précédé pour mieux appréhender l’avenir. Enregistré à l’ancienne sans filet, l’album a tout de la time-capsule, ça s’est passé là à tel moment et à l’écoute tout indique que les absents ont eu tort. Fidèles à la grande tradition soul, le groupe respecte, avec beaucoup de talent, tous les codes du genre tout en imprimant leur propre personnalité à l’idiome. Les envolées de guitares quasi psychédéliques (« Girls be like », « Start From Scratch »), l’influence hip-hop (« Ablaze »), sont autant d’indicateurs en ce sens et contrastent avec le gospel qui infuse « First Times ». Mais il s’agît avant tout d’une collection de chansons de haut niveau (« Soulmate ») délivrée avec beaucoup de cœur et de passion par un groupe de musiciens virtuoses et une chanteuse débordante de feeling. Une chance que ce concert mémorable ait été gravé sur bandes pour l’éternité.

En concert le 5 mai au Supersonic (avec The Mercurials)

https://www.facebook.com/principlesofjoy

https://q-soundsrecording.bandcamp.com/

https://www.principlesofjoy.net/




samedi 26 avril 2025

Eli "Paperboy" Reed + The White Bats, La Maroquinerie, 25 avril 2025.

La soirée débute de superbe manière avec une magnifique découverte en la personne du groupe The White Bats, un quintet français pratiquant une soul de grande classe, dans la grande tradition du style tel qu’il était pratiqué dans les années 60 et 70. Le falsetto du chanteur/guitariste est remarquable et se classe en digne successeur de glorieux aînés, c’est de plus un remarquable guitariste aux soli ravageurs qui ajoutent une note de rock’n’roll à la musique et complète remarquablement le groove de la section rythmique. Un moment d’anthologie, une reprise totalement soulful et réapproprié du « Love the one you’re with » de Stephen Stills, comme quoi la formation n’est pas totalement étrangère au folk rock.

Dire qu’on l’attendait avec impatience serait mentir, avouons plutôt, honte à nous, qu’on l’avait un peu oublié : sept ans après un dernier passage Eli Paperboy Reed est de retour sur une scène parisienne pour fêter ses vingt ans de carrière (déjà!) et la réédition en vinyle de son tout premier album, introuvable en physique depuis des lustres. Un moment particulièrement émouvant pour l’auteur de ces lignes, qui a commencé ce blog à peu près au moment (2007) où le deuxième album de l’artiste est sorti (2008), qui l’a suivi depuis le début et même interviewé en 2016 ! Autant dire qu’il s’agît en quelque sorte de retrouvailles ! Même si Eli a quelque peu forci physiquement et que sa ligne s’est arrondie, un petit coup de vieux, sa musique reste aussi fraîche qu’au premier jour et est délivrée, en live, avec un enthousiasme jamais renié. Un groove dévastateur bien souligné par un duo de cuivres funky qui propage une onde de bonne humeur dans les travées de la Maroquinerie et qui alterne avec des moments plus émouvants d’Eli, qui a également joué de l’harmonica une première, en solo guitare/voix. En résumé une soirée très réussie qui a vu Eli revisité son répertoire depuis ses débuts, et joué quelques chansons de son dernier album en date, sorti en 2021, consacré aux reprises du chanteur country Merle Haggard, passé totalement inaperçu par chez nous. C’est en affichant un grand sourire que l’on quitte la Maroquinerie, ces retrouvailles font du bien.

jeudi 24 avril 2025

The Mercurials : « Tend the fire »

 


Faisant fi du temps, des modes et du reste, qui passe et repasse, The Mercurials, de Montreuil, creuse son sillon. Après un premier EP, voici un album inaugural qui nous ramène dans la Perfide Albion de 1979, quand le reggae et le punk fusionnaient en ska. Pour résumer la chose simplement, The Mercurials c’est du groove, des cuivres et, surtout, une classe absolue. On pourrait s’extasier des heures durant sur la précision rythmique du groupe, ciselée au millimètre, mais tout cela ne serait que littérature inutile. C’est tout simplement un album ensoleillé, lumineux, de la part de musiciens qui fantasment le soleil depuis Montreuil (« Omnia Sunt Communia »). Finement écrit le disque regorge de tubes ultra efficaces, tel que ce « Fire in the house » prompt à tout ravager sur scène et dans la fosse. Probablement trop jeunes pour avoir vécu en direct l’explosion du mouvement auprès du grand public à la fin des années 70, The Mercurials en respecte pourtant tous les codes tout en appliquant sa propre culture au genre. Ainsi, bien qu’ancré dans ce style, ultra codifié, le ska des Mercurials est teinté de multiples influences, un flow quasi rap ici, des envolées rock des guitares là (« Omnia Sunt Communia »), des échappatoires vers la soul ou le jazz (« I don’t wanna talk about politics ») via des chœurs beaux à vous briser le cœur (« Lonely Boy » ; « What is wrong with me ») qui donnent finalement un album varié, colorié et toujours sautillant en dépit de la gravité du propos. L’écouter, c’est déjà une bonne façon d’aborder le printemps.

En concert le 5 mai au Supersonic (avec Principles of Joy)

https://www.facebook.com/wearethemercurials